Il y a quatre-vingt-un ans, les armes se taisaient en Europe. Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitulait sans condition, mettant fin à six années d’une guerre qui avait ravagé le continent et coûté la vie à plus de soixante millions d’êtres humains. Cette victoire de larmes portait en elle le poids de tout ce qui avait été détruit, exterminé, anéanti.
Nous commémorons aujourd’hui cette victoire. Nous commémorons aussi ceux qui l’ont rendue possible au prix de leur vie : les soldats des armées alliées, les résistants de l’ombre, les fusillés des maquis, les déportés qui ne sont pas revenus. Avon, ville des Justes parmi les Nations, ville résistante, connaît le nom de ces hommes. Nous pensons aujourd’hui au père Jacques, à Rémy Dumoncel, à Paul Mathéry, à Lucien Canus, à Étienne Chalut-Natal, à Charles Ziegler, à Léon Guéneau et à Aristide Roux. Ils ont choisi le courage, celui de la croix de Lorraine et de la France libre.
Le lendemain du génocide
Le 8 mai 1945, ce n’est pas seulement la fin d’une guerre mondiale contre l’Humanité. C’est aussi le lendemain du génocide. La Shoah. L’extermination systématique et industrielle de six millions de Juifs d’Europe. L’assassinat de centaines de milliers de Tsiganes, d’homosexuels, de personnes handicapées, de résistants. La machine nazie n’a pas été une aberration venue du néant : elle s’est construite par étapes, par discours, par lois, par silences complices. L’indifférence en a été le terreau, comme nous le rappelait déjà la journée nationale du souvenir des déportés. Encore aujourd’hui, la haine génocidaire emporte des peuples.
Nous devons regarder ce mécanisme en face, parce qu’il n’appartient pas au passé. Par la désignation d’ennemis intérieurs. Par la promesse d’un ordre que seule la violence pourrait restaurer. Aujourd’hui encore, sur ce continent et au-delà, des régimes totalitaires et bellicistes cherchent à réécrire les frontières par la force. La guerre en Ukraine nous rappelle, à quelques heures d’avion d’ici, que la paix en Europe n’est pas un acquis permanent. Avon en Commun, c’est ce pari : que l’humanisme n’est pas naïf.
Ceux qui font rempart contre la guerre
Nous pensons également, en ce 8 mai, à nos soldats qui servent aujourd’hui sous le drapeau bleu des Nations Unies ou sous les couleurs de nos alliances, dans des missions de maintien de la paix au Moyen-Orient et ailleurs. Ils ne font pas la guerre : ils font rempart contre elle. Certains y ont laissé leur vie cette année. Leur engagement prolonge, dans un monde différent, la même conviction qui animait les combattants de 1944 : la paix ne se maintient pas sans sacrifice.
La liberté exige un prix élevé. Le bien succombe trop souvent aux attaques de la facilité. Avon porte l’Histoire comme une promesse. Chaque nom gravé dans le marbre est une voix qui nous dit à travers le temps : nous avons cru que cela valait la peine. À nous, aujourd’hui, de leur donner raison.
